Episode 7 : les grands airs classiques et lyriques dans le jazz

09 juin 2020

Notre série : les grands airs classiques et lyriques dans les musiques actuelles

La musique classique et les grands airs d’opéra ont inspiré de nombreux groupes et artistes d’univers différents : rock, pop, électro ou encore rap, hip-hop… Certains airs ont été repris à l’identique, d’autres ont été samplés. Les plus spectaculaires servent encore aujourd’hui à l’entrée en scène d’artistes internationaux. Ces reprises, plus ou moins évidentes à reconnaître, ont parfois contribué au succès et à la renommée des musiques actuelles les empruntant, parfois amené les plus curieux à explorer les originaux.

Sauriez-vous reconnaître les extraits classiques repris dans ces musiques ? A travers différents épisodes thématiques, nous vous proposons d’explorer toutes ces associations entre l’univers classique et les musiques actuelles.

 

Épisode 7

Le classique et le jazz : l’osmose musicale

 

Les interactions entre le classique et le jazz sont nombreuses, allant au-delà de simples reprises. Une vraie collaboration entre les deux univers s’est créée, chacun s’inspirant des codes sonores de l’autre, aboutissant à des créations aux sons nouveaux.


Des reprises aux réappropriations totales, le jazz puise sans limite dans le classique.

La musique classique a contribué à l’élaboration de grands standards du jazz comme The Lamp Is Low, (morceau coécrit par Mitchell Parish, Peter De Rose et Bert Shefter) reprenant le thème de la Pavane pour une infante défunte/Ravel ou le sublime Summertime du duo Ella Fitzgerald et Louis Armstrong, reprise du Summertime de l’opéra Porgy and Bess/Gershwin. Depuis des années, les musiciens de jazz explorent le classique pour créer leurs mélodies ou adapter des œuvres en mode jazz d’où le florilège d’arrangements faits par les pianistes et formations de jazz.

Parmi les pianistes, Jacques Loussier est un habitué des reprises classiques version jazz comme celle réalisée avec le Nocturne n°2 op.9/Chopin dans Nocturne n°20. La japonaise Hiromi Uehara, avec sa formation trio, apporte une touche légère de jazz à la Sonate pour piano n°8 dite « Pathétique »/Beethoven dans son titre du même nom. Cette artiste talentueuse s’est d’ailleurs produite le 13 novembre dernier sur la scène de l’Auditorium (dans le cadre de l’Esprit du Piano). Pour son album Three Pieces After Bach, Brad Mehldau a puisé dans le Clavier bien tempéré/Bach pour développer ses propres compositions. Le 28 mars 2018, le public présent à l’Auditorium de Bordeaux a pu écouter des extraits de cet album tel que le titre After Bach 1: Rondo, inspiré du Prélude n°3 en do dièse majeur, BWV 848/Bach.

Les formations de jazz ne sont pas en reste comme le prouve la revisite de la Valse en ré bémol majeur, op.64, nº 1, dite « Valse minute »/Chopin par le John Kirby Sextet avec leur titre Minute Waltz. Les œuvres de Prokofiev sont elles aussi réarrangées : pour exemple, l’adaptation de son Concerto pour piano n°2 en sol mineur op.16 par le Troy Roberts Quartet ou celle de son conte Pierre et le loup par The Amazing Keystone Big Band. Dans l’album Three Suites, Duke Ellington recompose avec un orchestre de jazz les deux suites pour orchestre symphonique d’Edvard Grieg (écrite pour la pièce de théâtre Peer Gynt) ainsi que des airs du célèbre Casse-Noisette de Tchaïkovski. Quant aux Klass Brothers, un groupe de jazz aux sonorités cubaines, ils ont fait de ce mariage jazz-classique leur signature musicale, exprimée dans divers albums : Mozart Meets Cuba, Opera Meets Cuba, Chopin Lounge

Parfois, l’entremêlement entre les deux genres est tel que la pièce classique d’origine est à peine reconnaissable. C’est le cas de l’arrangement du Piano Concert n°2 op.18 de Rachmaninov fait par The Classical Jazz Quartet (Mouvement I, Pt II). De même, le guitariste Django Reinhardt éloigne complètement le Concerto pour deux violons en ré mineur/Bach de son univers baroque avec son Improvisation sur le 1er mouvement du concerto en ré mineur de J S Bach.

 

Des compositions jazz réalisées par des artistes classiques.

A l’inverse, de nombreux compositeurs classiques ont aussi été fascinés par l’univers sonore libre et spontané du jazz. Originaire des Etats-Unis, le jazz a rapidement influencé les compositeurs américains comme Bernstein (auteur de West Side Story) et son Prelude, Fugue and Riffs ou Gershwin et son chef d’œuvre la Rhapsody In Blue.
Le jazz a su aussi s’imposer outre-Atlantique et influencé d’autres compositeurs comme le russe Stravinsky. Cet artiste s’inspire de l’univers rythmique du jazz pour son ballet-opéra L’Histoire du Soldat ou pour son œuvre Ragtime pour onze instruments. Il crée des compositions pour des ensembles de jazz : Praeludium ou Ebony Concerto. Quant à son compère Chostakovitch, il compose la Suite pour orchestre de jazz n°2, opus 50b, pour l’Orchestre russe d'État pour le jazz.
Des compositeurs français ont eux aussi manifesté un grand intérêt pour le jazz comme Satie (pour son ballet Parade) ou bien Milhaud (pour son ballet La Création du Monde). Ravel apporte également quelques touches de jazz à son Concerto en sol majeur et à son Concerto pour la main gauche. Dans sa fantaisie lyrique L'Enfant et les Sortilèges, il mêle à ses compositions classiques une multitude de genres musicaux dont le jazz. Enfin, Debussy n’est pas non plus indifférent à ce genre musical comme le prouve sa pièce Golliwog's Cake-Walk, extrait des Children's corner (suite de six pièces pour piano dédiée à sa fille).

 

La création d’un son nouveau : le jazz symphonique.

Tous ces mélanges entre le classique et le jazz vont favoriser la naissance d'une nouvelle branche musicale : le jazz symphonique. Gershwin est régulièrement cité comme un des initiateurs de ce genre avec sa Rhapsody in Blue, son Concerto pour piano et orchestre en fa majeur ou encore avec son opéra Porgy and Bess. Le Concerto for Jazz Band and Orchestra/Liebermann est aussi un bel exemple de cette association de la musique symphonique avec le jazz. D’autres projets voient le jour entre des artistes jazz et des orchestres symphoniques comme celui entre le saxophoniste Samy Thiébault et l’Orchestre Symphonique de Bretagne avec l’album Symphonic Tales : mélange de jazz, de musique symphonique et ragas indiens. Le trompettiste Erik Truffaz, habitué des métissages musicaux, s’est lancé dans une nouvelle expérience musicale avec le projet Side By Side. Ce poème symphonique pour orchestre, trompette et électronique devait être joué avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine ce jeudi 4 juin sur la scène de l’Auditorium. Le pianiste Thomas Enhco expérimente lui aussi le jazz symphonique avec son Concerto pour piano et orchestre, interprété lors de sa carte blanche en décembre 2018 à l’Auditorium de Bordeaux.

 

Difficile d’être exhaustif, pourtant voici notre playlist ultime des titres jazz qui n’auraient jamais existé sans les grands compositeurs. 

 

#CultureChezNous

 

Pour aller plus loin :

Podcast de France Musique : Jazz et classique