🏛️ Chaque premier dimanche du mois, le Grand-Théâtre de Bordeaux ouvre gratuitement ses portes et invite le public à découvrir l’un des joyaux du patrimoine bordelais. De 14h à 18h, promenez-vous librement dans les espaces emblématiques du lieu : le grand escalier, la salle de spectacle, les foyers… et laissez-vous surprendre par quelques animations dédiées aux métiers du spectacle vivant.
Une occasion rare d’admirer de près le plafond peint par William Bouguereau, Apollon et les muses, et de profiter d’une atmosphère paisible, loin de l’effervescence des soirs de représentation.
Un rendez-vous privilégié pour prendre le temps, flâner, et redécouvrir la beauté du Grand-Théâtre autrement.
Attention : le Grand-Théâtre n’ouvre pas le premier dimanche du mois lorsqu’un spectacle ou un évènement est programmé l’après-midi.
Le Grand-Théâtre đźŽ
Période de construction : 1773-1780
Architecte : Victor Louis (1731-1800)
Inauguration : le 7 avril 1780
Matières principales : calcaire à astéries (édifice) et bois (salle). Classé Monument historique (1899).
Style : ouvrage néo-classique, dédicacé à Apollon et à ses muses
Un chef d’œuvre architectural
C’est le 7 avril 1780, qu’est inauguré le Grand-Théâtre, chef-d’œuvre de l’architecte Victor Louis.
Une foule immense se bouscule alors devant les portes du nouveau bâtiment. Certes, on vient assister à Athalie de Racine et au Jugement d’Apollon de Blincourt mais on vient surtout admirer la construction. Près de sept années se sont écoulées depuis le commencement des travaux commandés par le Gouverneur de Guyenne, Louis Armand du Plessis, duc de Richelieu. Et le résultat est au rendez-vous. Là , sous les yeux du public, se dresse un véritable « temple des arts » d’inspiration néo-classique. À la valeur esthétique de l’ouvrage s’ajoute l’acoustique exceptionnelle de la salle de spectacle due à la carcasse de bois qui l’enveloppe.
Plus qu’une salle de spectacles, Victor Louis a conçu avec le Grand-Théâtre un véritable « complexe » de loisirs et de divertissement, particulièrement moderne et novateur pour l’époque. Il conjugue les lieux de représentations (une salle principale et une salle de concerts) et ses contraintes techniques et scéniques (répétitions, machineries...), mais aussi des lieux de vie (foyers, boutiques et cafés...).
Ce prodigieux monument, de pierre et de bois, a traversé les époques et est toujours en intense activité.
A noter aussi :
- Les travaux ont été commandés par le Gouverneur de Guyenne, Louis Armand du Plessis, duc de Richelieu.
- On joue Athalie de Racine et Le Jugement d’Apollon de Blincourt lors de l’inauguration.
- Le calcaire provient des carrières de Bourg, Roque de Tau (fondations), région de Saint-Macaire (murs et colonnes), vallée de la Dordogne (parements) et Taillebourg (Charente-Maritime), Saint-André-de-Cubzac, Cenon et Bourg (ornements).
1. La façade🏛️
Le Grand-Théâtre présente en vue frontale un portique de 12 colonnes corinthiennes au-dessus desquelles sont alignées 12 statues : 9 muses et 3 déesses de la mythologie antique. De part et d’autre du portique, deux galeries ceinturent l’édifice. A la fin du XVIIIe siècle, aucun escalier extérieur ne précédait l’entrée car le niveau de la place de la Comédie était plus élevé qu’aujourd’hui. Les marches résultent d’importants travaux d’abaissement de la place (1848). Derrière la monumentalité de la façade, le discret décor des voûtes plates. Chaque caisson est orné de motifs de soleil et de lyre, symboles d’Apollon.
2. Le vestibule et le grand escalier
Le vestibule est orné de 16 colonnes doriques soutenant une voûte plate à caissons et rosaces. Le grand escalier à rampes basses se divise en deux volées latérales. Outre l’accès à la salle, l’escalier permet de se montrer. (Voir et être vu !). Cet aspect est renforcé par l’éclairage naturel. Un peu moins d’un siècle plus tard, cet escalier inspirera Charles Garnier pour le dessin de celui de l’Opéra de Paris répondant à la même fonction de « représentation » de l’aristocratie. La porte d’apparat menant à la salle est entourée de deux cariatides sculptées par Berruer : Thalie et Melpomène, muses de la comédie et de la tragédie.
3. Le salon Gérard Boireau
En 1780, le Grand-Théâtre abrite — en plus de la grande salle de spectacle d’une capacité de 1700 places — une salle de concert de forme ovale accueillant 750 auditeurs, avec scène, balcons et tribune pour les musiciens. Menaçant la voûte du vestibule, fragilisée par des infiltrations d’eau, elle est remplacée par un foyer rectangulaire (1833). L’aspect actuel résulte de la vaste campagne de restauration (1854-1869) menée par Charles Burguet : le plafond est élevé, la salle élargie, les angles sont arrondis pour augmenter la qualité acoustique. Bien que nourri de classicisme, le décor, avec ses courbes, ses teintes et ses ors témoigne du style « Second Empire ». Les 18 écoinçons et 14 médaillons ont été peints par William Bouguereau qui signe également la peinture du plafond évoquant Apollon et les muses. Baptisé « salon Gérard Boireau » (ancien directeur du Grand-Théâtre), cet espace, a bénéficié d’une campagne de restauration (2007-2009) et accueille régulièrement des spectacles.
4. Le Foyer gris et le foyer rouge
De part et d’autre du Salon Boireau, le Foyer d’hiver (ou Foyer rouge car côté Cours du Chapeau rouge) et le Foyer gris (ou Foyer d’été car sans cheminée), datent également de la rénovation menée par Charles Burguet.
5. La terrasse des Muses
Vous voici arrivés à la spectaculaire terrasse des muses avec sa vue époustouflante sur la Place de la Comédie et ses alentours. La place, souhaitée dès l’origine par Victor Louis, entoure non seulement son chef-d’œuvre de larges avenues mais aussi de beaux immeubles qu’il signera lui-même ou non (Immeuble Gobineau en proue de Navire, l’Ilot Louis, façade du Grand Hôtel de Bordeaux). Le quartier imaginé par Louis, poursuivit par de nombreux architectes devient l’un des éléments structurants de la ville.
Les 12 statues voulues par Victor Louis ont été sculptées par Berruer : 9 muses et 3 déesses de la mythologie antique. De gauche à droite : Clio (Muse de l’histoire), Erato (Muse de la poésie lyrique), Minerve (Déesse de la guerre), Junon (Déesse de la fécondité), Polymnie (Muse de la rhétorique), Thalie (Muse de la comédie), Melpomène (Muse de la tragédie), Terpsichore (Muse de la danse), Calliope (Muse de la poésie épique et de l’éloquence), Vénus (Déesse de l’amour), Uranie (Muse de l’astronomie), Euterpe (Muse de la musique). Amusez-vous à retrouver leurs attributs !
6. La salle de spectacle
Habillée de bleu, de blanc et d’or — couleurs de la royauté — la salle de spectacle pouvait accueillir à la fin du XVIIIe siècle 1700 spectateurs, capacité sensiblement supérieure aux possibilités actuelles (1114 places). Un plancher fixé à la première galerie descendait jusqu’au sol de la salle actuelle, fosse d’orchestre comprise. Il accueillait des spectateurs assistant aux représentations debout. L’installation de fauteuils dans cet espace au début du XIXe siècle réduisit considérablement la capacité de la salle. Afin de combler ce déficit aux conséquences financières notables, il fut décidé de creuser les fonds de loges de face dans le but d’installer des sièges supplémentaires entraînant la modification des couloirs de desserte des loges qui abandonnèrent leur forme circulaire originelle pour une silhouette en « s ».
L’éclairage de la salle
Souhaitant un bâtiment moderne et donc confortable, Victor Louis avait imaginé un éclairage épargnant aux spectateurs du parterre les désagréments liés à la cire coulant des lustres, fréquents dans les salles de spectacles à cette époque. Pour Bordeaux, l’architecte installe des centaines de bougies sur la corniche de la coupole et des girandoles sur les colonnes cannelées entre les corbeilles. La légère circulation d’air faisait trembler les flammes et scintiller les ors. Les bougies furent remplacées successivement par les lampes à huile de poisson, puis par l’éclairage au gaz avant que l’électricité ne s’impose. Le lustre actuel, en cristaux de Bohème, a été installé en 1917 (poids de 1,2 tonnes, 400 lampes).
La coupole :
la peinture de la coupole avait été confiée à Jean-BaptisteRobin à la fin du XVIIIe siècle sur le thème « Apollon et les muses agréent la dédicace d’un temple élevé par la ville de
Bordeaux ».
Il s’agit d’un triple hommage, allégorique et réaliste, aux arts, aux artisans ayant bâti lethéâtre et à la ville deBordeaux (les scènes du port témoignent de l’activité de la ville et de sa richesse). L’éclairage originel de la salle provoquant la détérioration de la peinture (les fumées avaient noirci l’œuvre) divers peintres se succédèrent pour offrir le fruit de leur inspiration à la coupole. En 1917, Maurice Roganeau exécute une fidèle reproduction de la peinture originale que nous pouvons admirer aujourd’hui.
A noter aussi : les dimensions de la scène aujourd’hui : largeur : 24 m, profondeur : 20 m, hauteur : 22 m, superficie :480 m2, hauteur du cadre de scène : entre 7,5 et 9 m, largueur du cadre de scène : entre 9 et 11,7 m.
Textes partiellement extraits de l’ouvrageLe Grand-Théâtre de Bordeaux, Laurent Croizier/Luc Bourrousse paru aux Éditions Le Festin, mars 2018. Le guide est en vente à la Boutique de l’Opéra et dans les librairies.